Maxime Raynaud, rookie studieux
Pour sa grande première chez les Bleus, Maxime Raynaud (23 ans) a pesé dans la raquette, confirmant sa solide saison NBA avec les Sacramento Kings.
Sur le bord du terrain, à Pau, aux premiers jours du rassemblement de l’Équipe de France, Adam Mokoka et Amine Noua observent, curieux, l’entraînement individuel de Maxime Raynaud. Le nouveau venu alterne les hooks et les tirs de loin avec efficacité. "Il est costaud", murmure Noua. Pour lui, comme pour beaucoup, le joueur des Kings est une découverte. Certes, les highlights venues de Californie ont permis d’apprécier son bagage mais l’impression visuelle est encore plus impressionnante. Le colosse de 2,15 m et 120 kilos a des mains, du physique et le sens du jeu. "Cela se passe extrêmement bien", commentait Frédéric Fauthoux à son propos avant de rejoindre la Belgique. "C’est la première fois que je le côtoie. Il possède un QI basket très élevé. Il va manquer d’expérience du jeu européen, c’est une certitude, mais on voit aux entraînements qu’il sait saisir les opportunités qui lui sont offertes."
Vendredi soir, à Anvers, Raynaud a confirmé cette analyse. Pour sa première sélection, il a signé 10 points et 4 rebonds en 16 minutes, parfait complément de Jaylen Hoard à l’intérieur, retrouvant avec aisance les codes du jeu européen. Pas forcément une évidence pour un joueur qui a quitté la France en 2021 sans jamais avoir disputé de rencontres professionnelles avec Nanterre, après sa formation initiale à la Saint-Charles Charenton. "Les règles du jeu sont un peu différentes, que ce soit sur les trois secondes dans la raquette défensivement, les départs directs en dribble ou la ligne à trois-points. Mais sur le terrain c’est la même chose, il faut rester avec ses routines et ses habitudes", tempère-t-il.
Champion d’Europe et dominateur avec les U20 en 2023 (18,3 d’évaluation en 22 minutes), Raynaud avait eu l’occasion de croiser le grand monde à l’occasion de la préparation des Jeux Olympiques 2024. Un partenaire d’entraînement lors de quelques jours d’open gym à l’INSEP qui avait déjà séduit le staff technique, alors dirigé par Vincent Collet. "Je suis reparti en me disant : je me suis fait laver !", rigole le Parisien. "Non, ce n’est pas vrai. J’étais venu avec deux idées en tête : apprendre et faire les petits trucs bien. Poser un écran, prendre des rebonds, parler en défense. Je sentais que j’étais un cran en-dessous mais pas si loin que ce que je pensais." Deux ans plus tard, son état d’esprit a changé. Logique, puisque le pivot a enchaîné sur une saison de haute volée avec Stanford en NCAA (20,2 pts, 10,6 rbds), une draft (42e position) et surtout une saison rookie au-delà de toutes les attentes en NBA, avec les Sacramento Kings. Profitant des blessures de Domantas Sabonis, Raynaud s’est imposé dans la rotation au point de devenir un titulaire indiscutable (12,5 pts, 7,5 rbds) et d’être retenu dans la All-rookie second team. "Je me sens beaucoup plus à ma place et au niveau", analyse-t-il à propos de son nouveau passage en sélection. "Et c’est important pour la confiance. J’ai joué 74 matches contre les meilleurs joueurs du monde. Venir en Équipe de France c’est dans la continuité. Je me sens plus prêt."
Sous les yeux de sa famille et de son meilleur ami, il l’a démontré en Belgique et vient ainsi s’ajouter à l’impressionnante liste des intérieurs candidats à un strapontin chez les Bleus. Victor Wembanyama, Alexandre Sarr ou encore Mathias Lessort ne sont pas présents sur la fenêtre internationale de juillet et les places seront chères en perspective de la Coupe du Monde 2027 et des Jeux Olympiques 2028. "C’est un problème de riches", philosophe Raynaud. "C’est bien pour la France. Individuellement la facilité ça serait plus sympa mais c’est un très bon problème à avoir. Je n’y vois que du positif. Tu t’entraînes contre eux, tu progresses et pour la sélection ce sera les meilleurs des meilleurs. Je pense qu’on a le meilleur groupe d’intérieurs du monde tous pays confondus."
Sa première sortie a en tout cas déjà convaincu Frédéric Fauthoux, satisfait de son apport : "On ne sait jamais à quoi s’attendre pour une première sélection. Des joueurs sont tétanisés et ne parviennent pas à jouer leur basket. Maxime a prouvé l’inverse. Il a trouvé des solutions offensivement qui nous ont permis de rester à flot à un moment." Un sélectionneur qui, lors de sa conférence de presse d’avant match, n’avais pas hésité à se projeter vers une possible association avec son ancien coéquipier à Nanterre et en Équipe de France U16, Victor Wembanyama : "Maxime comprend les choses très vite et on a tous envie de voir ce que cela donnera lorsque Victor sera avec nous." Une presque invitation qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. "J’attends la convocation", a conclu Raynaud dans un dernier éclat de rire avant de quitter la Lotto Arena.